Pourquoi ?

La démarche d’écoute active : pourquoi ?

Un langage complexe

Les grands chefs d’œuvre sont de véritables architectures sonores, complexes et denses, dont la structure n’est pas immédiatement donnée.
Ils sont d’ailleurs longuement élaborés dans la pensée du compositeur. L’interprète répète souvent des mois, voire des années une œuvre, pour pouvoir réellement la « comprendre », la percevoir intégralement, le ressentir pleinement et lui donner sens.

Si chacun peut portant être touchée, vibrer, ressentir intuitivement la portée de telles œuvres, l’auditeur peut avoir besoin d’être un peu guidé, de découvrir quelques clés pour entrer dans ce monde, quelques repères dans l’écoute d’une œuvre pour en percevoir mieux la dramaturgie.

Parce que c’est à l’auditeur que la Musique s’adresse

D’après Dalcroze, éminent pédagogue suisse du début du XXè siècle,

Le lieu réel de l’existence de la Musique est en nous quand nous l’écoutons. Ainsi vient-elle toujours nous révéler quelque chose de nous même. ...une affirmation qui rejoint la volonté des grands artistes

Citons encore Beethoven , lui que, dans sa conception héroïque de l’existence, l’Art seul a retenu de la tentation de suicide, tant il avait conscience de l’importance de sa Musique pour aider les hommes à vivre :

Celui qui aura écouté ma Musique une seule fois, celui-là se fera libre de toutes les misères dans lesquelles les autres se traînent.

C’est avant tout à l’auditeur que la Musique s’adresse, à son intention qu’elle a été créée.

Parce qu’elle s’adresse au cœur de l’Homme...

L’auditeur, plus que l’interprète, est lui-même le centre du « phénomène musical » ; c’est sa qualité d’attention, d’écoute qui importe, pour recevoir ce qui est donné par les sons.

 Or la Musique vient du centre : 

Mozart fait de la Musique dans une sorte d’omniscience, en partant d’un centre mystérieux. (…) sans doute sa Musique n’est-elle qu’un jeu, mais « le beau présuppose une intuition enfantine de ce qui est au centre, et qui est en même temps le commencement et la fin de toute chose.Karl Barth

De ce cœur de l’Être, de ce centre, nous avons tous grand soif, dans notre monde écrasé par l’avoir et le faire, en manque d’un espace-temps où puisse vivre, et s’épanouir notre vie intérieure.

Ce que nous demandons obscurément, plus ou moins consciemment à l’art, à la Musique, quand nous « sortons », c’est un peu de cet espace.

...Et le ressource

L’âme reconnaît sa Beauté dans la beauté des formes sensibles…

La Musique dans son flot vibratoire s’empare de notre psyché, à travers ses 3 forces : l’impulsion motrice, c’est-à-dire la volonté présente dans nos membres, mais aussi le sentiment, tout intime et délicat, et enfin la pensée.

la Musique est l’art du dynamisme psychiqueNovalis

Citons par exemple Boucourechliev, par rapport à l’écoute de la Musique de Beethoven :

Vous ne pouvez fredonner Beethoven qu’au regard de tout ce que votre écoute intérieure déroule en même temps…. Pour donner corps à ce que vous entendez, il vous faut, non seulement fredonner, mais frapper du poing…

L’expérience, globale puisqu’elle touche le corps, le cœur et la tête, est complexe : la rendre plus consciente, c’est aller vers l’intégration de ces 3 forces en notre âme, les harmoniser, se réconcilier, se ressourcer véritablement.

Parce qu’elle peut contribuer à un monde meilleur

Nous souscrivons complètement à cet extrait du livre de D. Barenboïm : « la Musique éveille le temps. » Il donne à ce travail d’écoute toute sa dimension sociale et politique.

L’éducation à l’écoute est peut-être plus importante que ce que nous pouvons imaginer, non seulement pour le développement de tout individu, mais également pour le fonctionnement de l’ensemble du corps social, et partant aussi des gouvernements.

Le talent musical, la compréhension de la musique et l’intelligence auditive sont des domaines fréquemment séparés du reste de la vie humaine, confinés dans la fonction de divertissement ou dans le royaume ésotérique de l’art d’élite.

L’aptitude à écouter différentes voix simultanées tout en étant attentif à l’énoncé séparé de chacune d’elles, la capacité de se souvenir d’un thème qui a fait sa première apparition pour connaître ensuite un long processus de transformation et réapparaît maintenant dans une lumière différente, et pour finir la compétence auditive nécessaire pour reconnaître les variations géométriques d’un sujet de fugue, sont toutes les qualités qui accroissent la compréhension.

Peut-être l’effet cumulé de telles capacités et de telles compétences pourrait-il forger des êtres humains plus aptes à écouter et à comprendre des points de vue différents, des êtres humains plus aptes à évaluer leur propre position dans la société et dans l’histoire, des êtres humains plus prompts à être attentifs, non à ce par quoi ils diffèrent, mais à ce qu’ils ont de commun.D. Barenboïm

Parce qu’un espace qualifié, au service de l’intériorité est nécessaire

Or, cet espace-temps où puisse vivre, et s’épanouir sa vie intérieure, l’auditeur se voit parfois réduit à le vivre par procuration. Il voudrait vivre, il admire. Il voudrait écouter, mais les sons lui échappent. Il voudrait être acteur, il est spectateur passif.

Et pourtant qui n’a pas été bouleversé par un thème musical, un mouvement, un air, au point de ressentir au plus profond de soi une vibration aussi enfouie que précieuse, qu’essentielle ?

Comme le dit l’adage taoïste :

L’homme intérieur vibre, et l’univers s’harmonise. A celui qui peut entendre ces résonances, il est donné de saisir le mouvement secret du cosmos.Adage taoïste

Qui n’a pas profondément rêvé alors d’ « apprendre la musique », pour accéder à cette part de lui-même, cette part de Beauté révélée par les sons ?

L’École de l’Auditeur entend proposer cet espace, où chacun peut s’autoriser une écoute consciente, active, rencontrer, exprimer les mouvements de l’âme que l’écoute de la Musique éveille en lui, la laisser, grâce au guide, le rapprocher de son centre, source de Vie, c’est-à-dire de sens.

L’écoute musicale active, ce n’est pas...

Un Commentaire sur la musique :

Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude. Rien n’est pire que la critique (et nous rajoutons : « les commentaires ») pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles.Rainer Maria Rilke

Les mots sont bien pauvres par rapport à l’indicible des sons, et s’il est indispensable de les utiliser, il ne s’agit pas d’orienter l’écoute de l’auditeur en offrant des images qui feraient écran à l’expérience de chacun, mais de lui ouvrir quelques portes, le plus délicatement possible, afin qu’il aille lui-même à la rencontre de ce que la Musique a à lui dire.

Des conférences d’histoire de la Musique :

En musique et en Art, il ne suffit pas seulement de savoir ou de comprendre. Il faut tout d’abord vivre et sentir.Willems

Apprendre que telle sonate a été écrite en telle année ne permet en fait pas du tout de l’approcher : ce qui permet de l’approcher, c’est l’expérience du son. Pour celle-ci, l’introduction à l’écoute peut s’appuyer sur des connaissances, biographiques par exemple, qui viennent éclairer l’expérience, bien sur. Mais la Musique est à vivre plus qu’à savoir.

Un club de mélomanes, partageant leur ressenti :

Le ressenti de chacun est propre, et il s’agit plus ici de donner des clés pour l’enrichir que de l’exprimer par des mots. Mais, par la personnalité de Marie-Hélène Barrier, les ateliers sont très vivants et conviviaux, favorisant la rencontre des uns et des autres : allons boire un verre ensemble après l’atelier !

Un cours de solfège :

Les notes, les rythmes sont objectivés, vécus consciemment, nommés, discernés, mais ni écrits, ni lus sous forme de notes (qui est une écriture assez arbitraire). Cependant, il sera très facile, dès lors que l’expérience sonore est précise, d’y associer le solfège, et cela pourra alors se faire tout seul, et dans le plaisir, comme c’est le cas dans tous les cours de solfège vivant Willems.